À quoi ressemblait mon enfance? Si vous m’aviez posé cette question il y a quelques années, je vous aurais répondu que je ne savais pas. Mon enfance avait été tellement pénible que la seule façon de survivre avait été de tout effacer, les bons comme les mauvais moments. J’étais incapable de ressentir quoi que ce soit, j’étais apathique.

Lorsque j’ai commencé à venir à Al-Anon, tout est remonté à la surface et, aujourd’hui, je peux vous dire à quoi ressemble une enfance dans le foyer d’une personne alcoolique.

C’est la peur. Une peur constante et obsédante – peur d’être rejetée, peur d’être aimée, peur de l’inconnu, peur de ce qui arrivera – une peur qui ne s’arrête jamais et qui vous tient au ventre.

C’est la solitude. C’est vouloir de tout son coeur avoir des amis tout en faisant tout son possible pour les repousser le plus loin possible. C’est m’isoler, être l’étrangère, celle qui ne s’intègre jamais.

C’est la honte. J’ai peur de ce que pensent les autres, j’ai peur qu’ils découvrent ma famille, mais aussi qui je suis vraiment.

C’est un besoin à combler. C’est être convaincue que je ne suis ni aimée, ni aimable. C’est avoir besoin d’entendre répéter «Tu es merveilleuse!» et ne jamais y croire. C’est avoir l’impression que je ne suis pas assez. C’est avoir besoin de faire des choses pour les autres afin de pouvoir gagner leur amour, tout en continuant à avoir l’impression de ne jamais donner assez.

C’est le manque de confiance. C’est me faire dire que je n’ai pas vu ce que je viens tout juste de voir et croire les autres au lieu de croire mes propres yeux. C’est n’être jamais capable de faire confiance à qui que ce soit – et surtout pas à moi.

C’est ne plus avoir le choix. C’est me sentir toujours la victime et blâmer les autres pour ce qui m’arrive même si ce n’est pas leur faute.

Alors que ma vie était complètement chaotique, quelqu’un m’a suggéré d’aller à Al-Anon. Comme j’étais une victime obéissante, j’ai fait ce qu’on me disait. C’est l’unique fois où cette stratégie m’a été utile! Aujourd’hui, grâce à Al-Anon, je soigne les blessures qui ont été les miennes quand j’étais enfant. Je m’isole moins. Je ne souffre plus autant de la peur. J’ai appris à me faire confiance et à faire confiance aux autres. J’ai même appris à rire de moi!