Jeunes

Salut!

Tu n’en peux plus. Personne ne te comprend. Tu te sens seul/e. Tu as envie de fuir. C’est trop la honte, tu as peur et tu n’as plus confiance en qui que ce soit.

Si une personne qui t’est proche boit beaucoup d’alcool, c’est tout à fait normal que tu te sentes ainsi!

Mais tu n’es pas seul dans ce cas. D’autres jeunes vivent la même situation que toi et certains se réunissent régulièrement pour partager leurs soucis, leur force et leur espoir: il s’agit des groupes Alateen.

Ici, tu trouveras les groupes existant en Suisse romande et italienne. Hélas, en ce moment, peu de groupes sont actifs, faute de participants, mais ce n’est pas une raison pour renoncer. Envoie-moi un message via info@alanon.ch et je te mettrai en contact avec un jeune de ton âge ou avec une personne adulte qui a grandi dans une famille alcoolique pour que tu puisses partager. Il sera peut-être même possible de relancer un groupe près de chez toi.

Et n’oublie pas: si quelqu’un boit trop, ce n’est absolument pas de ta faute!

Nathalie

Alateen, c’est quoi?

Alateen, ce sont des groupes pour les jeunes dont les parents sont alcooliques. En y venant, tu pourras partager sans honte ce que tu vis et ce que tu ressens, ce qui te permettra de mieux comprendre cette maladie imprévisible et chaotique qu’est l’alcoolisme.

En réalisant que les comportements et les réactions de la personne qui boit sont les mêmes dans toutes les familles, tu arrêteras progressivement de penser que c’est de ta faute si ton parent boit; tu te rendras compte que tu n’es pas responsable de sa maladie et que, malgré toute ta bonne volonté, tu ne pourras pas le soigner. C’est une bonne nouvelle car cela signifie que tu n’as plus à essayer de le changer – ce qui, de toute façon, ne marchait pas! Mais c’est aussi parfois difficile d’accepter de ne rien faire, – on se sent coupable et on a peur des réactions de l’autre, et c’est pour ça que le groupe est là!

Les groupes Alateen peuvent t’aider à te centrer sur toi plutôt que de t’obséder sur ton parent alcoolique. Il ne s’agit pas de l’abandonner mais de commencer à vivre ta vie! Malgré un foyer en crise et un climat familial tendu, tu trouveras petit à petit un peu d’estime de toi, tu apprendras à dire ce que tu penses et à t’affirmer et tu auras plus de facilité à faire face aux conflits et à résoudre les difficultés qui surviennent inévitablement lorsqu’on grandit dans un foyer alcoolique.

Les participants aux groupes Alateen s’entraident aussi en se téléphonant et en se rencontrant entre les réunions. Ainsi, ils découvrent qu’il est possible de demander de l’aide et d’en donner, d’être intime avec quelqu’un et de lui faire confiance.

Alateen, en bref

Alateen, comme Al-Anon, est:

  • anonyme
  • (On s’appelle par nos prénoms. Et personne ne dira qu’il t’a vu aux réunions. Il t’est demandé à toi aussi de ne pas dire qui tu as vu.)
  • confidentiel
  • (Personne ne répétera ce que tu as dit aux réunions et il t’est demandé de garder pour toi ce que tu y as entendu.)
  • non professionnel
  • (Il n’y a ni thérapeute, ni psychiatre aux réunions Alateen; par contre, deux personnes adultes qui participent aux réunions Al-Anon sont présentes. Elles ne mènent pas les réunions mais nous encouragent à nous aider mutuellement. Au vu des abus sexuels qui ont malheureusement lieu dans de nombreux domaines de la société, il a été décidé, pour des raisons de sécurité, qu’un adulte ne serait jamais seul avec les jeunes.)
  • ouvert à tous
  • (N’importe qui peut venir au groupe: il suffit d’être gêné par la consommation d’alcool d’une personne proche – même si celle-ci ne reconnaît pas son problème.)
  • apolitique et non religieux
  • (Dans les réunions, on discute surtout des solutions que l’on peut apporter à nos problèmes et on évite les sujets religieux ou politiques.)
  • auto financé
  • (À la fin des réunions, un chapeau circule et chacun y met ce qu’il veut.)

Alateen, est-ce pour toi?

Peut-être n’es-tu pas sûr(e) que la personne qui consomme dans ta famille soit vraiment alcoolique. Ce n’est pas grave. Si tu as envie de venir aux réunions Alateen, ce n’est pas nécessaire de le savoir. Il suffit que tu soies gêné par la consommation d’alcool de quelqu’un. Les vingt questions suivantes peuvent t’aider à déterminer si tu as besoin d’Alateen.

  1. Crois-tu que personne ne peut comprendre ce que tu ressens?
  2. Masques-tu tes sentiments réels en prétendant que cela ne te touche pas?
  3. Crois-tu que personne ne t’aime vraiment ni ne se soucie de ce qui t’arrive?
  4. Mens-tu pour cacher la consommation d’alcool de quelqu’un d’autre, ou pour cacher ce qui se passe à la maison?
  5. Passes-tu le plus de temps possible à l’extérieur de chez toi parce que tu détestes l’atmosphère qui règne à la maison?
  6. Es-tu gêné/e ou as-tu peur d’amener tes amis à la maison?
  7. Es-tu contrarié/e par la consommation d’alcool d’une autre personne?
  8. Les réunions de famille et les jours de congé sont-ils gâchés à cause de la consommation d’alcool d’une autre personne?
  9. As-tu peur de contrarier l’alcoolique par crainte de provoquer une «cuite» ou un conflit?
  10. Penses-tu que le comportement de la personne qui boit est causé par toi, par les autres membres de la famille, par les amis, ou par les coups durs de la vie?
  11. Fais-tu des menaces telles que: «Si tu ne cesses pas de boire, ou de te bagarrer, je vais faire une fugue»?
  12. T’arrive-t-il de promettre à la personne qui boit de changer de conduite et d’affirmer: «J’aurai de meilleures notes en classe, je serai gentil, je rangerai ma chambre», dans le but de lui arracher la promesse qu’elle cessera de boire ou de se bagarrer?
  13. Crois-tu que si ton père ou ta mère t’aimait, il ou elle cesserait de boire?
  14. As-tu déjà menacé de te blesser ou t’es-tu déjà vraiment blessé pour effrayer tes parents et les amener à dire: «Je regrette» ou «Je t’aime»?
  15. As-tu des ennuis d’argent à cause de la consommation d’alcool d’une autre personne?
  16. Les repas sont-ils tendus à cause de l’alcoolique? L’heure des repas est-elle fréquemment retardée à cause de l’alcoolique?
  17. As-tu déjà songé à faire appel à la police à cause d’un comportement violent à la maison?
  18. La peur ou l’anxiété te font-elles refuser des invitations?
  19. Penses-tu que tes problèmes seraient résolus si l’alcoolique cessait de boire?
  20. T’arrive-t-il d’être injuste envers les gens (professeurs, camarades d’école, coéquipiers, etc.) parce que tu es en colère contre l’alcoolique?

Si tu as répondu oui à quelques-unes de ces questions, Alateen peut sans doute t’aider. N’hésite pas à prendre contact avec nous, par téléphone ou par mail.

Témoignages d’enfants d’alcooliques

Lors des réunions, chaque participant est invité à s’exprimer librement. Les opinions émises par les participants sont strictement personnelles et ne reflètent que leur propre façon de voir les choses. Deux membres peuvent très bien exprimer des positions différentes sur un même sujet. Seuls les livres et brochures édités par Al-Anon Family Group Headquarters, Inc., Virginia Beach, VA. peuvent être considérés comme l’opinion d’Al-Anon.

De la même façon, les témoignages que nous avons publiés sur ce site – qui sont mis entre guillemets et signés par le prénom de leur auteur – sont personnels. Vous qui parcourez ce site web, faites comme s’il s’agissait d’une réunion, prenez ce qui vous plaît et laissez tomber le reste!

Malik, 16 ans

J’ai entendu parler d’Alateen par un éducateur qui savait que ma mère avait un problème d’alcool et qui avait lu une brochure. Il m’a téléphoné et m’a parlé de ça. J’ai voulu voir ce que c’était. Au début, j’ai trouvé bizarre, mais je suis revenu quand même parce que je m’y sentais bien. J’y vais régulièrement depuis une année.

Depuis quand ta mère boit?

Quand elle était enceinte de moi, elle buvait déjà. A cause de ça, tout le reste de la famille voulait qu’elle avorte. Mon père, je crois qu’il buvait aussi.

Est-ce que tu le vois?

Quelquefois, pas trop; il habite loin.

Quels rapports as-tu avec ta mère?

Je vis seul avec elle. Ça va, on s’entend bien. Quand elle boit, je m’éloigne, je vais dans ma chambre. Comme ça, ça m’évite de me mettre en colère. J’ai compris qu’être en colère, ça sert à rien. Ça me fait du mal à moi et à elle aussi. Et, en plus, ça ne va rien changer.

Est-ce que tu lui achètes de l’alcool?

Avant ça m’arrivait. Maintenant, je lui dis que si elle veut boire, c’est son problème; je ne veux pas participer à ça.

Est-ce que ta mère sait que tu vas à Alateen?

Elle n’aime pas trop ça, elle se moque un peu… elle donne un drôle de nom au groupe et ça m’énerve un peu des fois.

Qu’est-ce qu’Alateen t’apporte?

Maintenant je m’énerve moins contre ma mère quand elle est ivre. Je ressens moins de gêne quand un copain vient à la maison.

Pourquoi?

J’ai compris que c’est une maladie. J’ai appris que ce n’est pas vraiment elle qui parle, c’est plutôt une bouteille qui sent mauvais, qui s’exprime à travers elle et la rend malade.

Qu’est-ce qui t’aide particulièrement?

Aller en réunion; écouter ça me calme, et parler aussi.

Aline, 20 ans

Ça fait 7 ans que je viens à Alateen. C’est mon père qui est alcoolique. Il est alcoolique depuis toujours, mais ma mère ne s’en est rendu compte que dix ans après leur mariage. Au début, elle ne savait pas comment s’y prendre. Puis, elle est allée aux Al-Anon. Et mon père est finalement allé chez les AA. Puis ma mère nous a parlé, à mon frère et moi, du problème de l’alcoolisme, et elle nous a proposé le groupe Alateen.

Bon, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. La première fois que j’y suis allée, j’ai pu raconter les choses les plus frappantes que j’avais vécues. Ensuite, j’ai continué parce que j’y trouve des personnes qui comprennent mes problèmes et qui ont vécu la même chose que moi.

Avant Alateen, j’étais mal dans ma peau, j’étais carrément la «tête de turc» de ma classe. Je restais dans mon coin et je n’avais pas d’amis. Maintenant, j’ai pris confiance en moi, ça va beaucoup mieux; j’ai plusieurs amis. Pour moi c’est un grand changement par rapport à avant Alateen.

Parfois, je retombe dans des situations où je suis agressée psychologiquement, comme pendant mon voyage d’études. J’ai été ignorée comme à l’époque, et ça m’a fait du mal. Je me suis interdit de pleurer et c’est pour cela que je suis tombée malade. Heureusement, j’ai pu téléphoner à d’autres participants à Alateen et, comme toujours, ça m’a beaucoup aidée. Je pense que le travail qu’on fait sur soi n’est jamais fini, on peut toujours retomber en arrière. Mais il faut savoir surmonter et aller de l’avant.

Sans Alateen, je me demande ce que je deviendrais… pas quelqu’un de bien construit en tout cas.

Özgul, 15 ans

L’éléphant dans le salon

Dans mon salon, il y a un éléphant qui prend toute la place. C’est ce qu’il y a de plus gros dans la maison et c’est impossible de l’oublier. Les autres gens peuvent inviter des amies pour dormir ou pour étudier, mais pour moi, avec cette bête énorme dans le salon, ce n’est pas possible.

Alors, je pleure, je lui tire la queue, je lui tire la trompe et j’essaie de le convaincre d’aller ailleurs mais rien ne se passe – il est toujours là, au milieu du salon. Mais je m’entête, c’est peut-être que j’ai mal poussé ou mal tiré. Finalement, je passe tout mon temps à essayer de le faire bouger et j’oublie même de faire mes devoirs.

Cet éléphant, c’est l’alcoolisme. Alateen m’a appris que j’essayais de déplacer un éléphant. Et c’est impossible. Personne ne peut le faire. Quand on a un éléphant dans son salon, il faut apprendre à vivre avec. C’est la seule solution pour ne pas devenir fou.

Samlor, 18 ans

Je m’appelle Samlor et j’ai 18 ans. Mon père est alcoolique mais, heureusement pour toute la famille, il a arrêté de boire lorsque j’avais 1 ½ ans. Je ne l’ai ainsi jamais vu consommer de l’alcool. Depuis très jeune – j’avais à peu près 12 ans les premières fois – j’ai été encouragée à fréquenter les groupes Alateen et je continue toujours et encore aujourd’hui.

Il y a quelques temps, j’ai encore pu expérimenter les bienfaits de ma persévérance à assister régulièrement aux rencontres Alateen.

Le travail de mon père le poussait souvent à bout et quand il arrivait à la maison, il était fatigué et par conséquent très susceptible. Comme je suis très vivante et plutôt bruyante, il se met facilement en colère contre moi. De plus, il n’arrive que difficilement à communiquer avec les membres de sa famille, moi y compris! Vous imaginez le tableau!

L’ambiance à la maison s’était de plus en plus dégradée; je n’avais presque plus envie de rentrer chez moi. Et bien sûr, un jour, ça a éclaté et ça a été très dur. Qu’est-ce que j’étais heureuse d’avoir les Alateen pour pouvoir parler des problèmes qu’il y avait à la maison et me sentir comprise!

Grâce à leurs conseils, j’ai écrit une lettre à mon père en parlant de mes sentiments (à moi) et puis j’ai aussi pris l’initiative de lui parler. Sur le moment, j’ai cru que mes démarches n’avaient servi à rien et que je m’étais adressée à un mur. Mais en fait, dès le lendemain matin de ma conversation avec lui, cela a déjà été un peu mieux: il m’a dit bonjour en me voyant! Ce n’est rien de très important en apparence mais pour moi, cela représentait beaucoup. Il ne le faisait jamais auparavant et cela me faisait beaucoup de peine; j’avais l’impression d’être transparente. Et petit à petit, la situation s’est arrangée.

Maintenant, ce n’est toujours pas évident avec lui, mais cela va déjà beaucoup mieux et j’essaie encore de m’améliorer. Je vais toujours aux réunions qui me font beaucoup de bien, car je peux m’occuper correctement de moi et par la même occasion, essayer de mieux comprendre mon père. Et lui, de son côté, assiste également à des réunions en se rendant aux Alcooliques Anonymes, ce qui lui procure également beaucoup de bien. En effet, même s’il ne boit plus depuis des années, son manque de communication ou encore ses sautes d’humeur, pour donner des exemples, sont toujours là. Les réunions nous aident ainsi tous les deux, même après 16 ans d’abstinence et on arrive à trouver un petit équilibre.

Ainsi, maintenant, tout n’est pas parfait mais en faisait chacun un effort, la vie à la maison s’améliore.

Damien, 14 ans

Le mur

Avant de venir à Alateen, j’avais tout le temps peur, jour et nuit. Je me faisais du souci pour mon père parce que, quand il boit, tout peut arriver tout le temps.

Toute cette peur s’accumulait à l’intérieur de moi et ça me mettait en colère. Alors je me défoulais sur ma mère, sur mes frères et soeurs ou sur mes amis. Je croyais que j’étais quelqu’un de méchant.

Je pensais que j’étais le seul à avoir ce problème.

J’avais érigé un mur autour de moi pour cacher mes sentiments et j’ai empêché les gens de franchir ce mur.

J’étais seul, tout seul. C’était horrible.

Je ne voulais pas aller à ma première réunion Alateen. Mais, heureusement pour moi, ma mère m’a forcé.

Au début, j’avais peur et je ne voulais pas parler. Les autres ont trouvé normal que je ne parle pas et ils ne m’ont pas obligé. Ils ont juste été gentils avec moi.

J’ai écouté et je me suis rendu compte que les autres vivaient presque la même chose que moi. Je suis retourné. J’ai commencé à raconter un peu ma vie et on m’a écouté.

Geneviève, 50 ans, adulte enfant d’alcoolique

Je me suis décidée à vous faire part de ma vie parce que je me suis dit que si j’avais pu bénéficier de l’aide d’Alateen quand j’étais enfant, j’aurais pu m’en sortir plus rapidement. Même si vous ne trouvez pas le courage de vous joindre à un groupe Alateen, j’espère que ce que vous lirez vous fera du bien.

C’est ma mère qui buvait. Quand je rentrais de l’école, je ne savais jamais comment j’allais la trouver. Certains jours, elle était couchée, malade, dans son lit et il ne fallait surtout pas la déranger. J’obligeais mon frère et ma soeur à se taire et à marcher sur la pointe des pieds. Ces jours-là, en général, on mangeait ce qu’on trouvait dans la cuisine. Certains jours, elle était un «clown», drôle, gaie, toute contente et elle voulait jouer avec nous, même si on n’en avait aucune envie. Parfois, c’était la mère parfaite qui nous attendait. Elle nous faisait faire nos devoirs et on jouait tous à la famille normale. Le pire, c’étaient les jours où elle était une furie. Sa colère la dévorait. Elle criait, criait, criait. Elle trouvait n’importe quel prétexte pour crier. Parfois, sa rage débordait tellement qu’elle nous frappait. C’était complètement chaotique. Là-dessus, si vous rajoutez mon père qui rentrait le plus tard possible et qui faisait semblant que tout allait bien, vous avez un portrait à peu près correct de mon enfance.

En grandissant, j’ai appris à faire des blagues pour survivre à la souffrance. Je suis devenue le bouffon de la classe. J’étais toujours souriante à l’extérieur, mais, intérieurement, j’étais désespérée. J’avais le sentiment que je faisais toujours tout faux et que je n’étais jamais à ma place.

Je faisais tout ce que je pouvais pour passer le maximum de temps hors de la maison, prendre des cours ou faire du baby-sitting le soir. J’essayais d’avoir les meilleures notes possibles et d’être une élève brillante pour que ma mère arrête de boire. Je ne savais pas à l’époque que mon comportement ne pouvait pas avoir d’influence sur la consommation d’alcool de ma mère.

À l’adolescence, j’ai continué à faire le clown, à tenter de rendre tout le monde heureux et à m’efforcer d’être bonne et responsable. Ma mère me traitait de tous les noms et trouvait toujours que je ne faisais jamais assez bien. Mon père ignorait superbement les problèmes.

Bien sûr, dès que j’ai pu, j’ai fui la maison. J’ai épousé la première personne qui a voulu de moi, un jeune homme qui faisait ses études dans la même école que moi. C’était lui aussi un enfant d’alcoolique. En fait, nous étions deux enfants dénués de maturité et nous nous sommes disputés pour savoir qui de nous deux serait «l’enfant» de la famille. N’ayant aucune idée de la façon de communiquer ou de nous épanouir sur le plan affectif, nous nous sommes déchirés mutuellement durant cinq misérables années jusqu’à ce que mon visage de clown devienne continuellement triste et qu’il n’y ait plus personne pour apaiser l’autre.

Nous avons divorcé et j’ai épousé mon mari actuel. Je l’ai cru quand il m’a dit qu’il buvait parce qu’il était seul. J’ai naïvement pensé que j’allais pouvoir combler sa solitude et que tout s’arrangerait avec beaucoup d’amour, de dévouement et de contrôle. Notre vie est rapidement devenue un enfer. Comme je n’avais aucune idée de ce qu’était une relation normale et que j’avais tellement l’habitude de nier ce que je ressentais, j’ai accepté l’inacceptable. Quand une voisine m’a dit que mon mari avait sans doute un problème d’alcool et qu’il devrait se faire soigner, j’ai ri et lui ai dit qu’elle se trompait. Heureusement, mon mari a provoqué un accident de voiture alors qu’il était ivre. Comme il avait déjà été arrêté pour «conduite en état d’ivresse», on ne lui a pas laissé le choix: la prison ou le centre de traitement. Il a préféré la deuxième solution et c’est dans ce centre qu’on m’a proposé d’aller chez Al-Anon. J’étais suffisamment désespérée pour le faire.

Tout ce que je veux vous dire, c’est n’attendez pas… n’attendez pas si longtemps… il y a moyen de soigner les blessures qui vous ont été infligées… ne perdez pas tout le temps que j’ai perdu… ne gaspillez pas votre vie à souffrir. Pour vous, comme pour moi, il y a de l’aide!

Marie-Claude, 35 ans, adulte enfant d’alcoolique

À quoi ressemblait mon enfance? Si vous m’aviez posé cette question il y a quelques années, je vous aurais répondu que je ne savais pas. Mon enfance avait été tellement pénible que la seule façon de survivre avait été de tout effacer, les bons comme les mauvais moments. J’étais incapable de ressentir quoi que ce soit, j’étais apathique.

Lorsque j’ai commencé à venir à Al-Anon, tout est remonté à la surface et, aujourd’hui, je peux vous dire à quoi ressemble une enfance dans le foyer d’une personne alcoolique.

C’est la peur. Une peur constante et obsédante – peur d’être rejetée, peur d’être aimée, peur de l’inconnu, peur de ce qui arrivera – une peur qui ne s’arrête jamais et qui vous tient au ventre.

C’est la solitude. C’est vouloir de tout son coeur avoir des amis tout en faisant tout son possible pour les repousser le plus loin possible. C’est m’isoler, être l’étrangère, celle qui ne s’intègre jamais.

C’est la honte. J’ai peur de ce que pensent les autres, j’ai peur qu’ils découvrent ma famille, mais aussi qui je suis vraiment.

C’est un besoin à combler. C’est être convaincue que je ne suis ni aimée, ni aimable. C’est avoir besoin d’entendre répéter «Tu es merveilleuse!» et ne jamais y croire. C’est avoir l’impression que je ne suis pas assez. C’est avoir besoin de faire des choses pour les autres afin de pouvoir gagner leur amour, tout en continuant à avoir l’impression de ne jamais donner assez.

C’est le manque de confiance. C’est me faire dire que je n’ai pas vu ce que je viens tout juste de voir et croire les autres au lieu de croire mes propres yeux. C’est n’être jamais capable de faire confiance à qui que ce soit – et surtout pas à moi.

C’est ne plus avoir le choix. C’est me sentir toujours la victime et blâmer les autres pour ce qui m’arrive même si ce n’est pas leur faute.

Alors que ma vie était complètement chaotique, quelqu’un m’a suggéré d’aller à Al-Anon. Comme j’étais une victime obéissante, j’ai fait ce qu’on me disait. C’est l’unique fois où cette stratégie m’a été utile! Aujourd’hui, grâce à Al-Anon, je soigne les blessures qui ont été les miennes quand j’étais enfant. Je m’isole moins. Je ne souffre plus autant de la peur. J’ai appris à me faire confiance et à faire confiance aux autres. J’ai même appris à rire de moi!

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